Fascinante et mystérieuse, l'hypnose de foire ne manque pas d'attirer les foules. Mais saviez-vous que, au-delà du spectacle, la technique peut soulager la douleur et aider à traiter des maux psychologiques? Au XVIIIe siècle, le médecin Franz Messmer hypnotisait ses patients dans la controverse. La recherche a montré des effets réels sur le cerveau, et l'hypnose gagne du terrain auprès des professionnels de la santé. À mille lieues du cirque.

Lors de son premier accouchement, en octobre dernier, Catherine Therrien a eu recours à l'hypnose. «Je souhaitais un accouchement naturel. L'hypnose m'a beaucoup aidée à diminuer le stress et l'anxiété par rapport à la douleur qui s'en venait, confie-t-elle. Certaines femmes réussissent, sous hypnose, à ne sentir aucune douleur lorsqu'elles accouchent. Ça n'a pas été mon cas, mais ça a rendu les pauses entres les contractions plus apaisantes. J'étais calme, en harmonie avec moi-même. Je n'ai pas ressenti le besoin d'une péridurale.»

 

Longtemps jugée ésotérique, l'hypnose a même été bannie par Sigmund Freud, qui la jugeait trop dangereuse. On sait aujourd'hui que ses effets sur l'activité du cerveau sont réels. À l'aide de l'imagerie cérébrale, le neuropsychologue Pierre Rainville, de l'Université de Montréal, a été le premier à montrer un lien entre l'hypnose et l'activité du cerveau. Depuis, les recherches se multiplient. La plus récente étude sur le sujet, publiée en novembre dans Consciousness and Cognition, confirme que les effets de l'hypnose sont spécifiques et ne sont pas uniquement dus à l'état de relaxation qu'elle induit.

Qu'est-ce que l'hypnose? «Les sujets parlent généralement d'un état de relaxation et d'absorption mentale, un élargissement de la conscience attentionnelle, explique Pierre Rainville, aussi professeur à la faculté de médecine dentaire de l'Université de Montréal. Ils décrivent une perte d'orientation dans le temps et l'espace. Ils ne sont plus conscients de leur environnement immédiat. Ils font aussi état d'un sentiment d'automaticité, comme s'ils répondaient de façon passive aux suggestions, comme s'ils étaient témoins.»

Si on en connaît encore peu sur les mécanismes sous-tendant l'hypnose thérapeutique, on sait que la technique est particulièrement efficace dans les cas de douleur aiguë. Selon une étude publiée en 2000 dans The Lancet par l'anesthésiste Elvira Lang sur 241 patients, l'hypnose réduit l'anxiété et la douleur liée à la chirurgie, tout comme la consommation d'analgésiques, les risques de complication et le temps de guérison.

Le chercheur Pierre Rainville a montré, dans ses travaux, que l'hypnose agit sur deux aspects de la douleur: la sensation et l'émotion. «Quand un sujet arrive à imaginer la douleur comme le volume d'une radio qu'il peut diminuer avec un bouton, on note chez lui une diminution de l'activité des régions somato-sensorielles du cerveau. On peut aussi suggérer que la douleur est là, mais qu'elle ne le dérange pas. La partie du cortex limbique, liée aux émotions, est sollicitée. On peut même créer un état de bien-être malgré la douleur.»

Le chirurgien-dentiste Claude Verreault utilise l'hypnose depuis plus de 30 ans à son cabinet. «L'hypnose fonctionne bien pour contrôler la douleur. Certains patients ont peur des aiguilles, d'autres sont allergiques aux anesthésiants. L'hypnose permet de procéder aux traitements sans anesthésie et sans douleur. Les enfants, grâce à leur propension à l'imaginaire, sont les meilleurs sujets. Ça facilite la pratique.»

Accouchement sous hypnose

L'omnipraticienne Nathalie Fiset, fondatrice d'Hypno-vie, est tout aussi enthousiaste. Selon elle, le recours à l'hypnose lors de l'accouchement réduit de moitié la demande de péridurales. «Au Québec, environ 70% des femmes qui accouchent demandent la péridurale. Avec hypnose, c'est moins de 30%, avance la Dre Fiset, qui a accouché 2000 femmes. Le taux de césarienne frôle à peine 5% chez les femmes qui accouchent sous hypnose, comparativement à 26% chez les autres.»

Les résultats scientifiques se contredisent néanmoins quant à la durée du travail, la diminution de la douleur et le besoin d'analgésiques lors de l'accouchement. Plus la patiente est réceptive, plus les effets seront positifs. L'hypnose pourrait même avoir des effets après l'accouchement en réduisant les risques de dépression post-partum. «Certaines femmes réagissent mieux que d'autres. Ça dépend entre autres de leur peur, de leurs doutes et du soutien de l'entourage», indique la Dre Fiset.

Chercheuse à l'Université Laval, la pédiatre Isabelle Marc a étudié l'effet de l'hypnose chez les femmes qui devaient subir une interruption de grossesse. «On a montré qu'une intervention d'hypnose peut diminuer la consommation de médicaments lors de l'avortement sans augmenter le niveau de douleur, tout en diminuant le niveau d'anxiété. Les femmes semblaient aussi récupérer plus rapidement.»

Rien à voir avec la magie

Lors de douleurs chroniques, les effets semblent moins flagrants. «Souvent, les patients consultent en dernier recours. Ils ont des attentes irréalistes et pensent que, d'un coup de baguette magique, on va mettre fin à leur souffrance», indique le psychologue Denis Houde. Si peu d'études se sont penchées sur la question, on suppose que l'hypnose est plus efficace que les traitements standards.

Pour une hypnose efficace et sans risques, il vaut mieux consulter un professionnel de la santé qui, dans sa pratique, utilise l'hypnose comme outil complémentaire. «Il peut être dangereux de soulager la douleur sans chercher à en connaître la cause. La douleur peut être associée à une pathologie sous-jacente aiguë qui mérite d'être traitée», indique le chercheur Pierre Rainville.

«L'hypnose n'est pas une panacée, mais un outil efficace et puissant. Malheureusement, n'importe qui peut s'improviser hypnothérapeute», indique le chirurgien-dentiste Claude Verreault. On suggère de choisir un hypnothérapeute membre d'un ordre professionnel et de la Société québécoise d'hypnose, qui n'accepte que les professionnels de la santé. Un hypnothérapeute devrait d'autre part limiter son intervention à son domaine de compétence.