Voyager seule au Proche-Orient

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Voyager seule au Proche-Orient

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Dans le périmètre piétonnier autour de la place de l'Étoile, au centre-ville de Beyrouth, on retrouve de nombreux restaurants et boutiques.

Photo: Janie Gosselin, La Presse

 

Janie Gosselin
La Presse

«Vous revenez d'où?» s'enquiert la douanière de l'aéroport Trudeau en feuilletant mon passeport. «Syrie, Liban, Jordanie, Israël.» «Vous êtes allée là-bas toute seule?» demande-t-elle, l'air étonné. Je suis ennuyée de répondre à cette question pour la millième fois. Voyager seule au Proche-Orient ne m'a jamais semblé problématique. Au contraire! Faire un voyage «en individuel», comme disent les agents de voyage, c'est une occasion de découvrir les facettes cachées d'une culture.

Être une femme en Syrie, par exemple, c'est s'attirer les sourires timides des Syriennes, ou les questions d'adolescentes ricaneuses. C'est voir s'ouvrir les portes des écoles d'Alep, sous le regard accueillant des enseignantes, heureuses de faire visiter ces bijoux de l'architecture ottomane. Tout en ayant la latitude accordée aux étrangères de se promener à cheveux découverts ou de jouer au backgammon à la terrasse d'un café, accompagnée toutefois d'une autre touriste.

 

Je n'ai jamais subi d'enquiquinements ni même ressenti la solitude durant mes six semaines de voyage. À mon arrivée au Liban, par exemple, j'ai rencontré tout un groupe de jeunes, par l'entremise d'une amie de Montréal. J'ai été invitée à l'anniversaire de l'un d'eux, dans un chic restaurant d'où l'on voyait le mont Liban, illuminé de mille feux, surplombant la mer devenue noire comme l'encre. Foie de veau cru, viande arménienne épicée, kebbés, mezzés froids et chauds, dessert au miel... Le tout arrosé d'arak, cet alcool au goût de pastis, agrémenté par le son d'une darbouka et les mélodies d'amour reprises en choeur par les convives. Dans leurs plus beaux habits du dimanche, les hommes comme les femmes se sont déhanchés jusqu'aux petites heures du matin. Et malgré mes protestations, j'ai dû me joindre à leurs rythmes orientaux, en maudissant ma gaucherie toute occidentale, encouragée par mes nouveaux amis.

Les deux week-ends que j'ai passés à Beyrouth, je suis allée rejoindre ces jeunes gens à Gemmayzé, un quartier branché de la ville, où se succèdent les restaurants et les bars. Beat it, Billie Jean, et d'autres succès des années 80 jouaient à tue-tête pendant qu'on sirotait des bières. Comme si les Libanais voulaient rattraper le temps gaspillé par une guerre civile qui a duré 15 ans, et qui laisse une empreinte indélébile sur ces jeunes adultes mus par une volonté de vivre chaque instant à fond.

C'est avec regret que j'ai dit au revoir à mes nouveaux copains, pressée de rencontrer une autre jeunesse, avec des rêves tout aussi grands, en Israël.

Par l'entremise du site pour voyageurs CouchSurfing, j'ai fait la rencontre d'une immigrante américaine fraîchement débarquée à Jérusalem. Elle m'a donné plusieurs précieux conseils. Et m'a arrangé un hébergement chez son beau-frère pour deux jours au kibboutz Ginosar, une communauté collectiviste typique située en bordure du lac de Tibériade.

Oz, un soldat de 19 ans en permission, m'a accueillie dans son appartement. Autour d'une table, j'ai discuté avec ses amis et lui. De politique, de paix, de guerre. De la Syrie et du Liban, dont ils sont particulièrement curieux. Du service militaire obligatoire. De leur pessimisme qui teinte de gris l'avenir de gens si jeunes.

Je suis ensuite rentrée à Jérusalem. Perdue, attendant l'autobus, une jeune Franco-Israélienne m'a offert de me raccompagner à mon hôtel, me faisant visiter la ville aux détours des ruelles. «Tu voyages seule?» m'a-t-elle demandé.

«Si peu», ai-je répondu.

 

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