Les carnivores voient rouge

Comment faire face à la hausse des prix... (Photo: archives Reuters)

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Comment faire face à la hausse des prix de la viande rouge? Il suffit de se tourner vers le porc, dont les vertus aphrodisiaques sont bien connues, s'il faut en croire la présidente de l'Argentine Cristina Kirchner (au centre).

Photo: archives Reuters

 

Olivier Ubertalli, Collaboration spéciale
La Presse

(Buenos Aires) C'est la déprime dans les assiettes des Argentins, les plus grands mangeurs de viande rouge au monde (70 kg par habitant). Le prix de la viande a bondi de 30% à 70% depuis le début de l'année. Un véritable scandale au pays des gauchos et des amateurs de barbecues. Notre collaborateur à Buenos Aires raconte.

Les clients des restaurants de Buenos Aires ont d'abord cru à une blague. En ouvrant leur menu, ils découvrent maintenant une feuille volante sur laquelle on peut lire: «Les prix des plats de viande changeront en fonction des aléas du marché.»

Chez le boucher, autre surprise désagréable: impossible d'acheter un steak à prix abordable. Et à Liniers, plus grand marché de viande du monde, au sud de la capitale argentine, les enclos blancs sont désespérément vides. Le marché de référence pour les prix intérieurs s'est vidé de ses boeufs.

Loin d'être anecdotique, la flambée des prix de la carne - viande, en espagnol - est un sujet extrêmement sensible en Argentine. «Mes ventes ont chuté et les clients me font la gueule», déplore José Maria, boucher dans le quartier d'Almagro.

Le porc, nouveau Viagra?

La présidente de l'Argentine, Cristina Kirchner, qui avait anticipé le mécontentement populaire, a bien tenté de changer les habitudes culinaires de ses compatriotes. Face à une assemblée d'hommes d'affaires médusés, Cristina Kirchner a vanté... les vertus aphrodisiaques du porc.

«La consommation de porc améliore l'activité sexuelle. Ce n'est pas un petit détail. Et c'est plus gratifiant que de prendre du Viagra!» a lancé la chef d'État, qui parlait en connaissance de cause: elle venait de manger avec son mari, l'ex-président Nestor Kirchner, un cochon qui les avait «revigorés tout le week-end».

Outre son inexactitude scientifique - le porc n'a guère d'effet aphrodisiaque -, la confidence n'a pas eu l'effet escompté. Les Argentins n'ont pas subitement décidé d'en manger plus. Surtout, ils ont commencé à s'interroger sur la santé mentale de leur présidente!

La viande contre le soja

Cristina Kirchner a alors opté pour une meilleure défense: l'attaque. La présidente a accusé les agriculteurs, qui la maudissent depuis que son gouvernement régule les prix et taxe les exportations agricoles.

«Comme il a beaucoup plu, les éleveurs gardent le bétail dans les champs pour l'engraisser et le vendre plus cher», a lancé la chef d'État devant une foule de partisans. «C'est une loi de l'économie: si le producteur gagne plus, alors le consommateur paie plus.» Afin d'assurer l'approvisionnement intérieur, les exportations de viande argentine ont ensuite été restreintes jusqu'à nouvel ordre, à l'exception du quota Hilton, expédié vers l'Europe.

La vraie raison de la terrible augmentation? La production a baissé en raison des conditions difficiles, notamment au chapitre des impôts et du contrôle des prix. Beaucoup d'éleveurs ont donc abandonné la viande pour le soja, plus rentable. Bilan: on compte déjà 4000 têtes de bétail de moins que l'année dernière.

 

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