Des Congolaises combatives

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Notre journaliste Jooneed Khan s'est rendu au Congo au coeur de la crise. »

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Photo: Reuters

Jooneed Khan
La Presse

(Bukavu) «C'est une abomination de dire que les viols et les atrocités au Congo font partie de notre culture. Ces pratiques horribles sont venues avec les réfugiés rwandais pourchassés en 1994 et avec les rébellions armées par les étrangers pour piller nos ressources.»

Ainsi parle Mathilde Muhindo, du centre Olame à Bukavu, capitale du Sud-Kivu. À 57 ans, elle milite pour les droits des femmes au Congo. Elle a été honorée l'an dernier par l'organisation Human Rights Watch (HRW).

 

Calée derrière son bureau et parlant d'un ton posé, cette combattante projette de la femme congolaise une image autrement plus positive que celle d'éternelle victime des seigneurs de guerre dans l'est du pays.

«Le drame est immense. Les victimes ne se comptent plus. Le traumatisme est profond. Mais nous réagissons. Nous mobilisons les femmes. Nous traitons les hommes aussi. Nous nous projetons vers l'avenir et vers la paix», dit-elle.

Grand pas en avant

«Sur les 500 députés de l'Assemblée nationale, il y a 38 femmes. C'est un grand pas en avant pour le Congo», note-t-elle en souriant.

Zita Kavungirwa est une autre de ces battantes congolaises. Veuve frisant la soixantaine, elle est mairesse de Bukavu, nommée par Kinshasa en attendant les élections locales.

«Avec l'afflux de déplacés, notre population approche les deux millions, mais nos revenus sont très bas. Il faut à la fois aider les déplacés et les femmes violées, lutter contre la pauvreté envahissante, et assurer la sécurité et les services. Ce n'est pas facile, mais ça fait plaisir de servir ma ville natale», dit-elle

Comme Mme Muhindo, la mairesse est de la première génération de filles scolarisées à la suite de l'indépendance en 1960. Travail social, ONG, militantisme, elles ont suivi des itinéraires parallèles. Mme Kavungirwa a aussi travaillé au Burundi voisin.

Signe des temps: «J'étais candidate à l'Assemblée nationale en 2006. Mes adversaires m'ont diabolisée en disant que j'étais rwandaise et tutsie. J'ai dû me retirer même si je suis bien congolaise», dit-elle en souriant.

Ces femmes font des émules. Rahmat Katunda et Mary Salima sont venues du Shabunda, zone forestière et minière de l'intérieur du Sud-Kivu, où elles animent le groupe Revivre.

Il y a là des réfugiés hutus du Rwanda, avec des combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), que Kigali appelle «les génocidaires». Combien sont-ils? Nul ne le sait. La MONUC estime les combattants à 7000. «S'ils sont traqués, ils tueront des Congolais», dit Mme Katunda.

 

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